Aux champs d’horreur… (lettre au Président)

Peu importe son nom, mais il a 21 ans, et il regarde les ombres dans le couchant. Il gît là, avec la vie qui le quitte d’une balle traversant sa poitrine. Il se dit dans un dernier souffle « quelle belle journée, mais je vais mourrir. Pourquoi dois-je partir ainsi, si vite… Pourquoi moi ? ». 

Le soldat qui vient de faire feu s’approche à grand pas, le canon encore fumant mais le regard livide. Il s’approche mais c’est trop tard, cet autre gît sans vie dans la tranchée rougie de son sang qu’est ce caniveau de la rue de l’université.

Le soldat d’un coup blêmit. Non il n’est pas sur un théâtre de guerre. Non il n’était pas face à un soldat ennemi ouvrant le feu sur lui. Il pâlit tout en sentant son arme lui glisser des doigts.

« Pourquoi moi, pourquoi ai-je dû faire feu ? Pourquoi en ce lieu ? » pense-t-il. D’un coup tout lui revient en mémoire. Ce matin il prenait la relève de ce gendarme devant le 126 Rue de l’Université, oui, devant une entrée de l’Assemblée nationale. Son lieutenant, qui avait reçu des ordres le lui avait dit «  C’est une mission ordinaire, comme du vigipirate. Non, tu ne seras pas inquiété, tu ne fais que relever les forces de l’ordre. Compris, soldat ? ». Il n’avait fait que répondre par un « Oui, mon lieutenant »comme toute sa section. Et pourtant au bout de 6 heure de garde, il l’a vue arriver cette foule grondante, ces manifestants voulant se rendre à l’Assemblée. Des milliers de personnes dévalant la rue tel un torrent. Avec son groupe en faction, ils ont pris peur, mettant la foule en joue et hurlant des sommations telles qu’on les leurs a apprises lors de leur instruction. Sauf que cet apprentissage s’est fait pour sûr des checkpoints ou leur camp en temps de guerre ou en opérations extérieures. Les réflexes reviennent. Mais dans le vacarme personne ne les entends. Et notre soldat prend peur, et il fait feu par réflexe de survie. Et la le temps se suspend, le silence se fait. Non il n’est pas en opération, il est à Paris devant la cour d’honneur du Palais Bourbon, et il vient d’ôter la vie à un compatriote. Le temps est comme figé plus personne ne bouge. L’horreur de la scène se lit dans son regard. Pourtant lorsqu’il a été déployé, sa hiérarchie et ce gouvernement qui a pris cette décision de les déployer lui et ces compagnons, ils le savaient qu’il n’était pas formé pour ça, agir en France et faire du maintien de l’ordre. Et pourtant ils ont franchi la ligne. Et face à lui, ce corps sans vie. Ce jeune homme de 21ans a qui il vient d’ôter la vie et qui le hantera toute la sienne. Mort… Mort aux champs d’horreur.

251F440D-785B-4296-BA0C-B1E23AC57B69Ceci n’est que de la fiction, monsieur le Président. Mais avec les décisions que vous venez de prendre avec votre gouvernement, ceci peut devenir une réalité. Un bien triste réalité. Et ceci dès demain. 

Alors monsieur le Président, je vous fais cette lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps. Comme le disait si bien Boris Vian. Pourquoi mettre l’armée dans nos rues devant les bâtiments institutionnels ? Ceci ne se voit qu’en temps de guerre ou dans les plus infâmes dictatures. À moins que vous soyez en guerre contre votre peuple, monsieur le Président, le peuple français, je vous demande de cesser cette escalade dans l’autoritarisme et de demander à ces soldats de rentrer dans leur casernes. Il n’est pas raisonnable de se servir de l’Armée façe à des manifestations, même si c’est pour relever les forces de l’ordre. Nos soldats ne sont pas formés à se retrouver de prêt ou de loin dans une situation de maintien de l’ordre. Ils sont formés à défendre la France face à une agression ennemie. Et si vous les laissiez sur de telles missions, vous prendriez l’entière responsabilité d’un drame qui peut hélas se produire. Et si tel était le cas, vous et vous seul seriez responsable d’un basculement irrémédiable de notre pays.

Monsieur le Président, il est grand temps que vous voyiez l’ampleur de la situation dans laquelle vous mettez notre pays par l’absence de réponse politique à la crise que nous vivons. Non, la seule réponse que vous apportez, sécuritaire et autoritaire, ne règlera en rien le malaise profond du peuple qui souffre et le montre. À mon humble avis, la seule solution qu’il vous reste est d’annoncer dès demain matin, et avant toutes les manifestations, une dissolution de l’Assemblée. Le retour aux urnes car votre majorité est minoritaire dans le pays. Si tel n’est pas le cas et qu’il se passe un drame demain, votre responsabilité demanderait que vous démissionniez ! Un Président ne peut s’en prendre à son peuple. Dissoudre l’Assemblée, n’est pas un échec, mais un acte de courage de reconnaître que la politique qu’on mène n’a plus de légitimité. C’est accepter que la démocratie n’existe pas que tout les 5 ans.

Demain, est un jour crucial, mais vous pouvez instantanément faire retomber la pression. Cessez d’avoir pour seul réponse la répression et l’armée devant les bâtiment institutionnel. Car de là à la mettre face au peuple, il n’y a qu’un pas, une infime frontière à ne pas dépasser. 

Alors, monsieur le Président, je vous fait cette lettre que vous lirez peut être tant qu’il est encore temps. Ne laissez pas un drame se produire ! Agissez dans le sens du peuple et cessez d’écouter une oligarchie, celle dont vous êtes issu, qui a peur. Revenez aux urnes tant qu’il est encore temps. Mais surtout ne mettez pas l’armée en situation de se retrouver face au peuple. A l’arrivée c’est vous, et vous seul, que l’Histoire et le monde jugeront. 

Votre politique, nous, le peuple n’en voulons pas, alors écoutez nous avant qu’il ne soit trop tard et qu’un drame ne se soit passé ! Le peuple réclame le droit de vivre décemment et d’avoir son mot à dire dans la politique de notre pays, et tel est son droit !

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